Séminaire « Perspectives féministes critiques sur et dans la philosophie »
jeudi 05 février | 14:00 – 16:00 CET
Perspectives féministes critiques sur et dans la philosophie
Programme du séminaire
CNRS Site Pouchet, Salle de conférence

Organisation
Séminaire organisé et modéré par Cornelia Möser et Camille Froidevaux-Metterie
Séminaire au Collège international de philosophie, Paris
Quelles sont les apports de la pensée féministe à la philosophie ? Ce séminaire propose de combiner deux approches : Celle opérée par le monumental Les femmes de Platon à Derrida (Collin, Pisier, Varikas, éds. 2000, Plon) qui restituait les propos et réflexions des grands penseurs au sujet des femmes ainsi qu’une deuxième, et beaucoup plus récente, qui essaie de restituer la contribution des femmes à la philosophie (par ex. Bonnet, CNRS éd., 2022 ou encore Garcia, 2021, Vrin).
Au lieu de s’intéresser à la manière dont les grands penseurs ont imaginé la femme ou de répertorier les femmes qui ont fait de la philosophie, ce séminaire pose la question de savoir comment la pensée féministe dans sa diversité a contribué à la philosophie, mais en a également défié ou reformulé les concepts, les approches ou des sujets. Les travaux actuels présentés défient, reformulent, critiquent ou complètent des notions clés de la philosophie en les confrontant aux enjeux, perspectives et questions des études de genre.
Par cet exercice, le séminaire confrontera la difficile tension qu’il y a dans la philosophie féministe entre remise en question de l’histoire, des concepts et des traditions d’une part et quête pour la reconnaissance, utilisations des savoirs canoniques et des concepts existants de l’autre. Il existe un décalage entre la profusion des travaux réalisés dans ce domaine et leur faible visibilité dans les institutions académiques. Ainsi ce séminaire se veut forum, mais aussi atelier pour travailler ces pensées et en explorer les portées et les limites. Les communications s’inscrivent dans les questions philosophiques et féministes. Il s’agira de discuter des travaux qui se font dans la philosophie féministe francophone aujourd’hui avec quelques ouvertures au-delà de ce contexte et tout en touchant à des questions transdisciplinaires et intersectionnelles.
Programme 2025/2026
Jeudi 05 février
Salle 124
Mara Montanaro : Expérimenter par les luttes une écriture féministe de la philosophie
Dans cette intervention je reviendrai sur les enjeux de mon dernier livre Théories féministes voyageuses.
Internationalisme et coalitions depuis les luttes latino-américaines qui se veut une tentative de créer une écriture féministe de la philosophie enracinée dans les luttes. Il s’agira de montrer comment la philosophie peut être redéfinie par les théories féministes dans ses modes tant de réflexion que de fabrication de ses concepts, étant amenée par la philosophie féministe à repenser ses méthodes, ses objets conceptuels, et à mettre au jour ses impensés. Je me situe ici dans le cadre d’une philosophie eurocentrique relevant du corpus philosophique traditionnel. Afin d’éviter le double piège de la neutralisation du point de vue et de l’universalisation du savoir, et en suivant la philosophe Rada Ivekovic, je me propose de montrer comment penser le sujet comme figure centrale de toute action et de vie politique, qu’il soit un sujet individuel ou collectif, présuppose une histoire des idées et de la philosophie spécifique, locale, géographiquement circonscrite et située.
Mara Montanaro est philosophe, curatrice et militante féministe internationaliste. Elle est maîtresse de conférences HDR en philosophie de l’art et esthétique à l’Université de Picardie Jules Verne. Elle est notamment l’autrice de Françoise Collin. L’insurrection permanente d’une pensée discontinue (Rennes, PUR, 2016) et de Théories féministes voyageuses. Internationalisme et coalitions depuis les luttes latino-américaines (Montréal/Paris, Éditions de la rue Dorion, Éditions Divergences, 2023). Depuis juillet 2019 elle est directrice de programme au Collège internationale de philosophie.
Jeudi 19 février
Salle 124
Sofia Batko : Penser la rencontre entre psychanalyse et féminisme au tournant des années 1970
Au tournant de la décennie 1970, un mouvement féministe, à la fois intellectuel et politique, d’une ampleur inédite a secoué la France. Celui-ci s’est emparé des courants intellectuels de l’époque, parmi lesquels la psychanalyse, pour penser (et réaliser) l’émancipation des femmes et des minorités sexuelles et de genre. Ce séminaire s’intéresse aux discussions que la psychanalyse et le féminisme ont entretenues dans le contexte français des années 1970. Il vise ainsi à montrer les enjeux de cette rencontre, à plusieurs égards éclairants pour l’un et l’autre de ces champs. Quelles sont les principales critiques que le féminisme des années 1970 en France a adressées à la théorie psychanalytique (réduction du sexuel à son expression « phallique », absence d’une pensée des relations entre femmes) ? Quelles inventions conceptuelles se sont alors produites dans ce contexte d’ébullition intellectuelle et politique pour pouvoir penser l’émancipation dans l’ordre du genre et de la sexualité ? Finalement, quels effets cet investissement à la fois intellectuel et politique de la psychanalyse par des féministes a-t-il produit en retour sur le champ psychanalytique français dominé à l’époque par le lacanisme ?
Sofia Batko (LEGS) est doctorante en études de genre – mention philosophie. Titulaire d’un master de philosophie de l’Université PSL et d’un master de psychanalyse de l’Université Paris Cité, sa thèse porte sur la réinvention de l’amour dans le féminisme français des années 1970, en particulier dans la littérature de Monique Wittig et d’Hélène Cixous, à partir d’une lecture de l’enseignement de Jacques Lacan. Ses recherches se situent à l’intersection de la philosophie et la psychanalyse avec un intérêt particulier pour les questions liées au genre et aux sexualités. Elle est l’autrice de l’article « Quelques pistes pour une relecture féministe de la figure de l’hystérique dans la psychanalyse » publié dans la revue Psychologies, genre et société.
Jeudi 12 mars
en ligne
Salima Naït-Ahmed : Faut-il repenser l’objectification sexuelle à la lumière du concept de réification ? Une tentative de dialogue entre théorie sociale et théorie féministe
La philosophie féministe semble avoir privilégié le concept d’ « objectification sexuelle » pour penser la spécificité de l’aliénation des femmes. Ainsi, selon Catharine MacKinnon, pour les femmes c’est l’objectification qui est l’aliénation. Néologisme forgé dans le contexte de la théorie féministe anglo-saxonne, l’« objectification » renvoie à des traditions théoriques fortement marquées par la pensée beauvoirienne de l’aliénation et par l’interrogation morale kantienne du traitement instrumental d’autrui. Pourtant, le concept concurrent de réification, issu de la tradition sociale marxiste, pourrait tout aussi bien être mis à profit par le féminisme pour penser l’objectification sexuelle tout en la réintégrant à une théorie sociale plus vaste, contribuant ainsi à réduire le schisme qui s’est progressivement creusé entre la philosophie sociale et la philosophie féministe. C’est ce que propose cet exposé à partir d’une tentative de redéfinition féministe de la réification, inspirée par la théorie critique de Theodor W. Adorno. Le propos s’appuiera en partie sur la réflexion menée avec Marie Loslier-Simon et qui a donné lieu à deux notices (« aliénation » et « réification ») dans le Dictionnaire du genre en traduction: https://worldgender.cnrs.fr/categorie_notice/theorie-feministe/
Salima Naït Ahmed est chercheuse en philosophie sociale, spécialiste de théorie féministe et d’histoire des idées. Elle est actuellement collaboratrice scientifique à l’Université de Fribourg (UNIFR), également membre associée de l’unité de recherche « Mondes allemands » de l’Université Paris 8 Vincennes Saint Denis. Ses travaux portent sur l’apport de l’École de Francfort et de la pensée d’Adorno au renouveau du féminisme et de l’antiracisme, ainsi que sur la généalogie de l’antisémitisme et du sexisme modernes dans les discours de l’anthropologie naturaliste des Lumières francophones et germanophones.
Jeudi 26 mars
salle 255
Rada Iveković, Une approche féministe de l’épistémologie
Jeudi 9 avril
salle 221
Ombre Tarragnat, Féminismes posthumanistes et néomatérialistes dans le contexte francophone : circulation partielle, résistances persistantes
Jeudi 7 mai
salle 124
Marta Segarra Montaner, Perspectives plus-qu’humaines et études de genre
Jeudi 21 mai
salle 124
Pauline Clochec, L’abstrait et le concret en philosophie féministe
Jeudi 4 juin
salle 124
Marie Garrau, De la politique de la différence à la politique de coalitions : penser les fondements et les difficultés de l’alliance à partir d’Iris M. Young
Programme 2024/2025
Rendez-vous les mardis* · 14h-16h
*sauf la première séance
Lundi 3 février
Mickaëlle Provost : Pourquoi la philosophie ? Assumer l’inconfort avec le féminisme africain-américain
Cette présentation part d’un inconfort et d’un paradoxe nés de mes lectures du féminisme africain-américain du XIXe siècle et débuts XXe. Dans quelle mesure la prise en compte des œuvres de femmes théoriciennes vient-elle déplacer ce que l’on entend par « philosophie », ses objets traditionnels ou le type d’écriture que l’on en attend ? Jusqu’à quel point et pourquoi parler de « philosophie féministe » si les autrices n’ont ni obtenu cette reconnaissance institutionnelle, ni revendiqué ce statut, comme c’est le cas pour les théoriciennes africaines-américaines du XIXe siècle telles que Maria W. Stewart, Ida B. Wells ou Anna Julia Cooper ? En mettant au travail ces questions, la philosophie féministe encourage une réflexivité indispensable à la vitalité de la production philosophique, en revenant sur les critères qui président à sa définition et sur les conditions matérielles, historiques et sociales qui ont rendu possible son exercice et sa légitimité. En cela, loin d’être une sous-spécialité aux contours fixes, la philosophie féministe encourage une réflexion sur ce que l’on entend par « discours philosophique » et sur le mélange des styles qui pourraient en bousculer l’image (l’oralité a-t-elle le même statut que des textes écrits ? Comment étudier en philosophe des textes poétiques ou tracts politiques ?) ; et les voies par lesquelles assumer le trouble que produit une position féministe en philosophie, en interrogeant les liens entre réflexivité nécessaire au travail philosophique et production des objets de recherche.
Mickaëlle Provost est agrégée et docteure en philosophie (2022) de l’Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle est actuellement post-doctorante (Marie Curie Fellowship) à l’UCL-Bruxelles (Centre Prospéro). Ses recherches post-doctorales portent sur les théorisations philosophiques et politiques de l’idée de féminité dans la pensée africaine-américaine de la fin du XIXe siècle jusqu’à l’obtention du droit de suffrage pour les femmes en 1920. Elles s’intéressent en particulier à la pensée d’Anna Julia Cooper.
Elle a récemment co-dirigé avec Marie Garrau, Expériences vécues du genre et de la race. Pour une phénoménologie critique (Ed. de La Sorbonne, 2022) et publié un ouvrage issu de sa thèse L’expérience de l’oppression. Une phénoménologie du sexisme et du racisme, Paris, Puf, 2023.
Mardi 4 mars
Cata Gomez Etxegoien : Poser les bases d’un féminisme matérialiste décolonial : dialogues entre le féminisme matérialiste et l’écoféminisme décolonial
Mardi 18 mars
Anaïs Choulet : Redéfinir le corps sensible au moyen des épistémologies féministes : quel intérêt pour la philosophie du soin ?
Mardi 25 mars
Cécile Gagnon : Le récit de soi pour penser la violence (titre provisoire).
Mardi 29 avril
Myriam Bahaffou : Eropolitique. Ecoféminismes, désir et révolution
Mardi 6 mai
Salima Naït Ahmed : Faut-il repenser l’objectification sexuelle à la lumière du concept de réification ? Une tentative de dialogue entre théorie sociale et théorie féministe
Mardi 20 mai
Franck Freitas-Ekué : Questionner les politiques de reconnaissance et les processus de subjectivation noires en République française suite au mouvements Mee Too et Black Lives Matter
Mardi 27 mai
Marie-Anne Casselot : Fulgurances phénoménologiques de la colère maternelle
Mardi 10 juin
Vanina Mozziconacci : Apprendre en féministe. Quelques pistes en didactique de la philosophie
Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (Cresppa)
01 40 25 10 83
cresppa@cnrs.fr